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Dharamsala 2006


Rapport de mission Inde tcv Octobre 2006

  • Jean-Pierre Leva – Dentiste LSD
  • Sandrine Dussart – Dentiste LSD
  • Lourtie Suzanne – Assistante
     

Après plusieurs réunions et pas mal d'échanges de mails avec l'Inde, Jean-Pierre, Suzanne et moi-même partons chargés de deux valises remplies de produits dentaires et la valise Transcare pour Dharamsala.

Nos effets personnels étant réduits au strict minimum dans nos sacs à dos.

Dix heures de vol et douze heures de jeep plus tard, nous arrivons au TCV* de Dharamsala où nous sommes accueillis par Tsumo, « dental therapist » et la responsable des soins dentaires au dispensaire, avec qui nous allons notamment travailler durant notre séjour.

Le lendemain matin, après une nuit ponctuée par les aboiements des « streetdogs », nous rejoignons Tsumo pour la distribution et la répartition des médicaments et les produits dentaires emmenés.
Elle reçoit nos dons avec joie car il lui manquait beaucoup de choses puisque là-bas, les dépôts dentaires sont une denrée rare.
Nous découvrons son cabinet qui est tout à fait acceptable pour l'endroit, l'unit ainsi que le stérilisateur sont des dons de l’organisation humanitaire française « Aide Odontologique Internationale ». Celle -ci cesse aujourd‘hui de les aider après 14 ans de suivi.
Les TCV vivent grâce aux dons internationaux.

Les enfants que nous allons soigner sont des enfants issus de familles tibétaines dont certains sont orphelins, leurs parents ayant été tués par les Chinois. Pour échapper à la domination chinoise, ces enfants ont traversé l'Himalaya afin de s'exiler en Inde. Là, ils sont regroupés dans les TCV où ils ont plus de chance de s'en sortir et d'acquérir une éducation tibétaine valable qui leur permettra de voir l'avenir sous un jour meilleur. En effet, l'invasion chinoise du Tibet a effacé tout espoir pour les Tibétains de vivre dans la paix et la sérénité et de pouvoir étudier et de trouver du travail. Ils retrouveront ainsi leur identité.

Tsumo nous apprend également qu'à Suja, village à septante kilomètres, il y a une autre « dental thérapist » qui a besoin de notre aide.

Le lendemain, je quitte donc Jean-Pierre et Suzanne pour m'embarquer à bord d'une jeep locale en direction de Suja. Trois heures de route à travers l'Inde profonde et me voilà arrivée saine et sauve à destination.
Là, je suis attendue par Sonam la "dentiste" du TCV. Demain, beaucoup de travail nous attend surtout des traitements canalaires, apparemment ce n'est pas la tasse de thé de Sonam.
L'installation est plus rudimentaire qu'à Dharamsala et le local est minuscule.
Ici, il n'y a pas d'appareil RX, la pompe à salive ne fonctionne plus depuis des années, pas d'eau à la turbine et le scialytique fonctionne une fois sur deux.
Les enfants qui viennent au cabinet ont des cavités profondes. Ici, la prévention n'est pas au goût du jour et les enfants attendent d'avoir mal pour se faire soigner.

Sonam fait beaucoup d'extractions car elle ne sait pas faire les endos et de toute façon c'est assez difficile sans appareil radio !
J'entreprends donc la sanification de ces dents, la désinfection des racines et la préparation des canaux.
Heureusement, dans nos bagages nous avons emporté un localisateur d'apex mais celui-ci est resté à Dharamsala. Comme la semaine prochaine, Jean-Pierre et moi nous nous inversons, je communique la liste de tout ce qui manque à Suja. Jean-Pierre pourra ainsi terminer les endos et remettre Sonam sur les rails de l'endodontie.

Jean-Pierre de son côté apprend à Tsumo l'utilisation de la Transcare. En effet, il est prévu que Tsumo parte dans un autre TCV où il n'y a pas d'unit dentaire.
Suzanne remplit son rôle d'assistante dentaire en s'occupant du nettoyage, de la désinfection et la stérilisation des instruments.
Elle est aussi Mac Gyver à ses heures car elle réussit la réparation de la pompe à salive à Suja et le débouchage du crachoir, elle nettoie aussi complètement le cabinet et montre à Sonam comment ranger efficacement ses produits.

Nous avons également l'occasion de passer une journée dans un troisième TCV à Chantra. L'unit est ici localisé dans une pièce où il n'y a pas de lavabo.
Un grand seau fait office de crachoir.
Lors de notre passage, le scialytique et la turbine ne fonctionnaient pas.
Dans des moments comme cela, on est content d'avoir une lampe frontale et une bague rouge (CA !).

Nous avons conclu notre séjour par la rencontre du directeur général de tous les TCV, Tsewang Yeshi. Nous lui avons exposé toutes les améliorations nécessaires à apporter pour un meilleur fonctionnement des "dental clinics": Tsumo et Sonam ont besoin de formation, une prochaine équipe belge viendra en janvier pour s'en occuper.

A Suja, un appareil RX est nécessaire, un local plus grand, des cours de prévention dans les classes du TCV, une assistante dentaire pour chaque dentiste car en plus de son travail, elle doit s'occuper du nettoyage du cabinet, de la stérilisation des instruments et de l'administration.

Nous envisageons une fluorisation de tous ces enfants pendant une période de 15 ans par un traitement oral de comprimés de fluor. Des contacts avec 2 firmes pharmaceutiques productrices sont en cours.
Le directeur était très honoré de notre visite et de notre démarche.
Il n'était pas du tout au courant de ce qui se passait dans ses cliniques. Apparemment, il y a peu de communication entre les dentistes thérapistes et la direction.
Il nous a promis de satisfaire toutes nos demandes pour le bien de la communauté tibétaine.
Cette expérience était très enrichissante. Vivre avec et comme un peuple en exil permet de mieux réaliser les difficultés qu'il peut avoir et d'essayer dans la mesure de nos possibilités d'y faire face.

Une telle expérience vaut la peine d'être vécue, avis aux amateurs...

Sandrine Dussart - Dentiste LSD